Balade à Metz sur les traces de Jean-Marie Pelt et de l’écologie urbaine

Ce dernier mercredi de juin, un vent léger souffle sur Metz, agite fleurs et feuillages, embaume l’air de senteurs florales et pousse soleil et nuages dans un beau jeu d’ombres et de lumières. Un temps propice à une promenade, non ? Cela tombe bien, l’Office du tourisme propose un programme de visites guidées à travers la Ville les après-midis des mercredis, jeudis et des week-ends.
Promenade dans la nature ou promenade en ville ? je n’ai pas eu à choisir puisque la balade m’a fait traverser Metz la « Ville-jardin » autour de la thématique de l’écologie urbaine, telle qu’elle a été impulsée par le botaniste et élu messin Jean-Marie Pelt.

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La promenade nous a fait traverser le centre-ville en descendant la Colline Sainte-Croix puis en longeant la Moselle jusqu’au Moyen-Pont, qui offre une vue vers le Port de Plaisance et l’entrée du Plan d’eau. Notre groupe était composé de dix habitantes de tous âges et de tous quartiers de Metz, plus un garçon accompagnant sa maman et une journaliste de Mirabelle TV en reportage. Notre balade a duré environ deux heures.
C’était un privilège de visiter Metz en petit comité et de m’approprier le concept bizarrement nommé d' »écologie urbaine » en le voyant in situ dans ses diverses dimensions : présence de jardins et d’arbres remarquables, préservation du patrimoine construit, choix d’espèces locales pour le fleurissement, gestion responsable des espaces verts, transports en commun, mise en valeur du paysage ou encore… gourmandises locales.
A mon tour de partager ici ce que j’ai vu et appris sur le concept et les hauts lieux de l’écologie urbaine à Metz, et sur Jean-Marie Pelt.

Qu’est-ce que l’écologie urbaine ?

C’est à l’entrée de l’Office du tourisme sur la Place d’Armes que la guide Elsa Goeuriot Edel a introduit la visite, avec une définition de l’écologie urbaine. L’écologie urbaine est une science des interactions entre le citadin et la nature en ville, qu’il s’agisse de la flore : les arbres et fleurs, mais aussi de la faune (et cela inclut les rats !) ou encore l’eau, avec la maitrise des inondations. Metz se revendique « pionnière de l’écologie urbaine » (mais elle s’en vante plus chez elle que sur les scènes nationale et internationale…). Selon Jean-Marie Pelt, promoteur de l’écologie urbaine dès les années 1960, le citadin ne pouvait se contenter pour être heureux de pouvoir travailler, habiter, circuler, se divertir (les quatre fonctions assignées à la Ville par la Charte d’Athènes, qui a guidé les principes de construction des villes nouvelles et des grands ensembles dans les Trente Glorieuses).  Il lui fallait aussi le lien avec la nature à travers la présence d’arbres et d’eau. L’écologie urbaine se préoccupe aussi des racines du citadin en cherchant aussi la préservation du patrimoine historique et architectural.
Une fois familiarisées avec la définition de l’écologie urbaine, nous avons donc amorcé notre balade pour apprécier par nous-même sa mise en oeuvre concrète dans les rues de Metz. D’abord, nous sommes remontés sur la Colline Sainte-Croix jusqu’au Cloitre des Récollets.
Nous avons fait une première longue étape dans le jardin des plantes médicinales du Cloitre. C’était délicieux d’y profiter d’une rafraichaissante brise aux senteurs florales.
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Jean-Marie Pelt, adjoint à la Mairie de Metz et pionnier de l’écologie urbaine

Dans ce cadre de pierre et de verdure, nous avons écouté l’exposé de notre guide sur la vie, l’oeuvre et l’héritage de Jean-Marie Pelt. Botaniste, écrivain et adjoint au Maire de Metz Jean-Marie Rausch de 1971 à 1982.
Après la longue ère de Raymond Mondon, qui « voyait grand pour demain » à travers de grands projets économiques et architecturaux, leur arrivée à la Mairie de Metz en 1971 a marqué l’arrêt des destructions massives dans les vieux quartiers, la restauration de hauts lieux du patrimoine messin comme le Cloitre des récollets, et l’attention portée à la présence de la nature en ville. Jean-Marie Pelt a porté le projet de rénovation du Cloitre des récollets, et soufflé l’idée de réaliser le Plan d’eau : de son début à sa fin, cette balade a donc pleinement marché sur ses traces ! Et tout le paysage messin que le habitants et touristes apprécient, de la colline Sainte-Croix au Parc de la Seille et au Plan d’eau, nous le lui devons en grande partie.
Les cygnes, hôtes du Canal de la Moselle
Les cygnes, hôtes du Canal de la Moselle
Après avoir impulsé l’écologie urbaine à Metz, Jean-Marie Pelt a promu l’écologie auprès des citadins français, francophones et européens. En effet, la fin de son mandat municipal en 1883 lui a permis de se consacrer à l’Institut européen d’écologie (qu’il avait créé en 1971), de multiplier les conférences sur le territoire national ainsi que les interventions radio aux côtés de son ami Denis Cheissoux, et d’écrire de nombreux ouvrages sur l’écologie et les vertus des plantes.
Au Hall Partage, une biographie courte mais passionnante et sans concession retrace la vie, la pensée, les oeuvres principales et la contribution à la Vie locale messine de Jean-Marie Pelt.
Au Hall Partage, une biographie courte mais passionnante et sans concession retrace la vie, la pensée, les oeuvres principales et la contribution à la Vie locale messine de Jean-Marie Pelt.

Les bords de la Moselle autour du Temple neuf, une image parfaite de l’écologie urbaine

Nous sommes ensuite descendus de la colline Sainte-Croix pour nous rendre au bord des eaux du Canal de la Moselle via le Grenier de Chèvremont et la Ruelle des Bordeaux.
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Puis nous avons pénétré dans le Jardin d’amour qui entoure le Temple protestant, et nous sommes abrités du soleil sous un platane âge de 112 ans et un peuplier d’Asie bicentenaire (importé en Lorraine), deux arbres remarquables de Metz.
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Dans ce coeur historique de Metz, l’interaction entre nous, les citadins, et la nature est quasiment permanente, et cette visite a permis d’attirer mon attention là-dessus. Pour atténuer les grandes chaleurs des étés continentaux de Metz, les arbres et l’eau se révèlent indispensables ! Les arbres géants et majestueux embellissent, rafraichissent, abritent de la pluie et ombragent, tandis que la proximité de l’eau permet d’économiser quelques degrés. Mais Metz leur reconnaît aussi beaucoup d’autres mérites. La Moselle et la Seille ont constitué des défenses naturelles évidentes et déterminé l’emplacement de la Ville lors de sa fondation. Pendant des siècles, la Moselle a dû sa richesse à la production et au commerce du sel. L’eau garde une présence continue dans la trame urbaine à travers les fontaines (le spectacle 2016 des Fontaines Dansantes leur rend d’ailleurs hommage) et désormais les jets d’eau.
En passant devant la Place de la Comédie, nous avons vu les agents municipaux s’affairer à la mise en place du Jardin d’été, qui apporte de la verdure sur cette place somptueuse mais minérale construite au XVIIIème siècle.
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Un peu plus loin, nous avons même croisé un arbre sur une remorque tractée par une camionnette municipale estampillée « Metz Ville verte », roulant vers ce futur jardin éphémère !
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Nous avons continué à remonter le Canal de la Moselle jusqu’au Moyen Pont pour un dernier exposé. De là nous avons profité d’un double panorama : l’arrière du Temple protestant d’un côté, et l’entrée du Port de Plaisance et du Plan d’eau de l’autre côté. Ici, la guide a souligné que la construction des voies du Mettis (le bus-tramway de Metz, NDLR pour les non-Lorrains !) avait permis à la fois de reverdir et ombrager les rues (ce qu’a fait également Angers) et de mettre en valeur les paysages messins, fortement marqués par la présence d’arbres et d’eau… comme sur et autour du Moyen-Pont, précisément.
Le Temple Neuf, Metz
Le Temple Neuf, Metz
Outre le redéploiement de la nature dans les villes par des plantations éphémères ou durables, l’écologie urbaine passe aujourd’hui aussi par le retour à une gestion naturelle des espaces verts et par le choix des espèces installées. Les Jardins de la Seille, qui avec le Centre Pompidou Metz constituent la première partie du nouveau Quartier de l’Amphithéâtre, ont été aménagés avec des espèces lorraines (houblon, mirabelliers) comme un « jardin local », en évitant l’importation de terres, de pierres et d’espèces. Ces jardins viennent d’ailleurs d’être rebaptisés Jardins Jean-Marie Pelt.

L’écologie urbaine, c’est aussi se régaler de glaces artisanales locales !

La visite guidée s’est arrêtée là, au Moyen Pont, mais ma dernière étape, plus personnelle, a été le nouveau glacier – salon de thé – restaurant situé 20 rue Sainte-Marie, dont la cuisine est faite à partir des produits de la Ferme de Vittoncourt. Et oui, l’écologie urbaine passe aussi par la venue de bons produits locaux pour régaler les citadines gourmandes dans les restaurants de centre-ville ! Les vaches font une entrée remarquée en ville en prêtant le nom de leurs différentes races aux coupes de glace.
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A mon tour de vous souhaiter une bonne balade à travers Metz, la ville embellie par Jean-Marie Pelt ! 
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