Avec Fernand Léger, le beau est à Metz !

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Au Centre Pompidou Metz, les expositions exceptionnelles s’enchaînent… un peu trop vite  ! Je n’ai même pas eu le temps de visiter une seconde fois Jardin infini que, déjà, la saison japonaise s’installe dans les galeries 2 et 3. La visite (et la revisite si besoin est !) de l’exposition rétrospective sur Fernand Léger faisait donc partie de mes bonnes et immédiates résolutions de la rentrée – toute chargée que soit celle-ci. De Fernand Léger, je ne connaissais jusqu’ici que le nom et quelques toiles colorées du cirque. Le Centre Pompidou Metz m’a donc offert une leçon de rattrapage absolument formidable ! Voici quelques idées et oeuvres que j’ai retenues de cette exposition enthousiasmante et magnifiquement mise en scène : « Fernand Léger – le beau est partout ».

« Mon père était éleveur de boeufs. »

A l’entrée, c’est d’abord l’homme qu’on rencontre : on le voit et on l’entend dans une première salle à la mise en scène totalement immersion. On contemple Fernand Léger sur des photos prises de 1920 à la fin de sa vie en 1955, on visite son atelier, on entend sa voix gaie raconter sa formation, ses débuts dans l’art, son arrivée à Paris après avoir quitté Caen. Ayant raté les concours des Ecoles des arts décoratifs et des Beaux Arts, il a passé trois ans à peindre de l’impressionnisme dans un atelier avec plusieurs copains, sous la houlette de Cézanne. Sa voix est claire, gaie, ses mots et ses souvenirs précis. On resterait là à l’écouter tout l’après-midi, en oubliant d’entrer !
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Accès à la première salle de l’exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz
Mais j’ai fini par entrer, et ai passé pas moins de deux heures dans les nombreuses salles de l’exposition, réparties en huit thèmes. A l’entée de chaque salle, une grande oeuvre nous accueille et témoigne des différentes périodes picturales de Léger : le cubisme, la période mécanique, la typographie, le cinéma et les arts du spectacle vivant, la photographie et l’architecture. Dans les dernières salles de l’exposition reviennent des toiles datant des périodes cubistes et mécaniques évoquées dans les premières salles : cette remise en mémoire est rare dans les expositions, qui sont le plus souvent chronologiques, et je l’ai appréciée car elle met en valeur la cohérence profonde dans l’oeuvre de Léger.

Les débuts

L’exposition commence sur son oeuvre cubiste des années 1910. Les oeuvres de Léger sont alors assez proches de celles de Picasso et de Cézanne. De Picasso, on retrouve les formes massives des corps et le bleu des premières années, puis le cubisme. Des années auprès de Cézanne, Léger aura gardé pour le choix des sujets, similaires à ceux de l’impressionnisme, et leur traitement dans une gamme monochrome. Voici donc sa mise en forme des thèmes impressionnistes classiques : portrait, nature morte, paysage urbain ou rural.
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La Noce, exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz
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Paysage – exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz
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Essai pour la femme en rouge et vert – exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz
Comme son ami Apollinaire, Léger est mobilisé pendant la Première guerre mondiale et connaîtra de longues heures froides dans les tranchées. Il est au front à Verdun mais ne cesse de dessiner est de s’inspirer. Il a peint une remarquable Partie de cartes en temps de guerre : les joueurs sont des robots – chevaliers casqués, vêtus de leur armure ; l’un d’entre eux étale ses tripes rouges géométriques. Cette oeuvre est l’une des plus connues de ce peintre.
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La partie de cartes – exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz
On recroise là d’autres expositions de Pompidou : Léger envoie une lettre de mise au point à Apollinaire concernant son originalité (voire son avance) sur Delaunay, qui a été exposé dans Musicircus pendant plusieurs mois. Léger a connu les tranchées de Verdun et produit une peinture toute hâchée, métallique, avec des tableaux de paysage sans ciel ni perspective, comme on avait pu en voir dans l’exposition Entre deux horizons.
Cette extraordinaire exposition avait aussi évoqué les échanges entre artistes allemands et français entre la fin du XIXème siècle et les Trente Glorieuses, ce dont Léger se félicite en disant que Paris était « la grande foire de la peinture ».

Le peintre du cinéma, de l’ingénieur et des lettres !

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Après sa Partie de cartes, Léger gardera le goût de peindre des objets métalliques et représentatifs de l’industrie moderne, et entre dans sa période « mécanique ». D’autres ont qualifié ce peintre de « tubiste ». Il affectionne la représentation de mécanismes de moteurs, et tout en les composant, s’enfonce dans l’abstraction, frôlant Kandinsky et Miro. Peintre mécanicien (c’est lui-même qui a fait l’analogie), il peint des roues, pistons, tuyaux, hélice, ou de « petits objets transformés en mécaniques joyeuses » et colorées comme un pot à tisane et une hélice.
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Le Mécanicien – exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz

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La couleur et la légèreté de ses compositions et de ses formes revient avec l’apparition du langage, des mots, des lettres dans son oeuvre, à partir des moments où il sympathise et collabore avec Blaise Cendrars. Le poète Apollinaire aura été un ami et un critique d’art pour Léger, tandis que Cendrars sera un compagnon d’inspiration et de création. Les lettres ont fait leur entrée dans le paysage avec l’apparition de la publicité en ville, y compris la publicité lumineuse des lettres néons. Cela inspire Léger, qui compose des calligrammes avec Cendrars (comme Apollinaire avant lui) et illustre en lithographies un ouvrage sur Paris en 1950.
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Léger a peint des cirques, des bals, des ballets, bref toutes les situations où les gens se rassemblent devant l’art et le mouvement. Il a peint la danse, et conçu des décors pour la danse. Son tableau La Danse peint en 1942 est tout bonnement extraordinaire : sa ligne noire est continue, fluide, rythmée ; grâce à elle, la musique est sur la toile. Léger a repris cette technique pour ses acrobates. Les danseuses aux clés produit un effet visuel absolument saisissant grâce au blanc éclatant en fond, et au contraste entre les deux parties du tableau : l’une cubiste, l’autre toute en courbe.
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Les danseuses aux clés – exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz
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Extrait de Cirque, portfolio de 63 lithographies – exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz

Le peintre cinéaste

Figure majeure de l’art dans la première moitié du XXème siècle, Fernand Léger a été témoin, acteur et même prophète de transformations dans l’art, en investissant le cubisme, la calligraphie, puis dans les années folles, l’affiche, ainsi que le spectacle vivant : le ballet, le cirque et le cinéma. Dans les prémisses du cinéma en couleurs, celui-ci était considéré comme une peinture animée. Il fallait donc la contribution des peintres pour le rendre le plus esthétique possible. De nombreux travaux de recherche théoriques et pratiques ont été lancés, auxquels Fernand Léger a activement participé à travers les films La Roue et Ballet mécanique. Le Centre Pompidou Metz avait déjà traité de cela à travers l’exposition Musicircus et la rétrospective dédiée à Oskar Schlemmer et son Ballet triadique.

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Scenario et pellicule de Ballet Mécanique
Dans son Ballet mécanique, Fernand Léger scénarise l’image mais ne raconte pas une histoire. Il reprend ses techniques passées d’usage de lettres, d’images de mécaniques en mouvement. Son film alterne images de visages, de mécaniques (moteurs en action) hypnotiques, d’une phrase projetée de mille manières différentes : « On a volé un collier de perles de 5 millions », de 0 qui représentent ces perles. On voit s’agiter une main qui actionne une roue, et une femme qui, comme Sisyphe, grimpe inlassablement une colline, chargée d’un lourd sac de farine. Comme Charlie Chaplin, avec qui il a collaboré, il met en scène des machines comme allégories du travail lourd et aliénant ! Toutefois, Léger voit bien aussi que l’arrivée de la voix dans les films de cinéma va mettre à mal le théâtre. Il prédit les premiers émois de spectateurs dans les salles sombres, et les décrit si bien qu’on croirait lire le récit de tant d’acteurs et de réalisateurs lorsqu’ils décrivent l’origine de leur vocation ! Sa prophétie élogieuse et confiante sur le cinéma ressemble à un discours des Césars…

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Charlot cubiste – exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz

Le peintre et l’architecte

Dans la dernière salle de cette exposition fleuve, on change d’échelle ! L’après-seconde guerre mondiale correspond à la fin de sa vie et la dernière partie de son oeuvre artistique. Comme Chagall, Picasso, Braque, il réalise des vitraux et investit la sculpture en céramique. La salle est immense, suggérant d’elle-même que Fernand Léger a aussi travaillé à plus grande échelle, sur l’architecture avec Le Corbusier notamment, et dans de grands monuments, comme l’église d’Audincourt pour laquelle il a réalisé des vitraux. Ce passionné des mises en scène et des espaces a investi les nouveaux ensembles architecturaux en construction dans les villes nouvelles, en imaginant des toiles destinées à figurer dans des logements. La peinture fait partie de l’architecture, les formes peintes font un écho à la géométrie des volumes à vivre, la couleur renforce les perspectives. Cette partie finale de l’exposition a été traitée moins en profondeur que les autres, mais peut-on vraiment le reprocher alors que le sujet mérite un traitement in situ (d’où la suggestion de visite de la Cité radieuse de Briey-en-Forêt, actuellement en cours de réhabilitation) et après deux heures d’exploration passionnée de l’oeuvre de Fernand Léger ?
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Dernière salle de l’exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz
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Maquettes des vitraux de l’église d’Audincourt – exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz
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Projet de camouflage de la Tour Eiffel – exposition Fernand Léger – Le beau est partout – Centre Pompidou Metz

Le peintre joyeux

Si Léger a traité de manière grave des sujets lourds comme la guerre ou l’aliénation par le travail, il n’en reste pas moins un peintre joyeux, qui jubile et fait jubiler devant le mouvement et la couleur. Cela en fait un peintre très accessible pour les enfants. D’ailleurs, quelle n’a pas été ma surprise de voir arriver un groupe d’enfants et de nounous de la crèche de l’Amphi !
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Il est aussi fin observateur de son temps, penseur accessible, épistolaire amusant, et écrivain voyageur. Il nous emmène dans le Berlin ou l’Espagne des années 1930 grâce à des chroniques savamment mises en scène et fabriquées avec des mots choisis, publiées dans L’Intransigeant. Vous l’aurez compris, j’ai vécu un coup de foudre pour Fernand Léger !
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Pour finir, j’ai trouvé un livre extraordinaire à la boutique du Musée, que je me permets de vous recommander : Comment visiter un musée et aimer ça – arrêter d’errer, agissez ! de Johan Idema, publié aux Editions Eyrolles. Johan Idema est Consultant pour des institutions culturelles, spécialiste de l’innovation dans la culture. Dans ce livre, il décrit parfaitement ce que l’on peut ressentir face à des explications incompréhensibles, un gardien peu amène, une oeuvre choquante. Il donne des clés pour se sortir de toute situation, avec des phrases vraies et pleines d’humour !

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